Jean Echenoz, Courir (2008)
1.
Identifiez le type du texte.
S’agit-il d’un récit ? Qu’est-ce-que c’est ?
Ce texte est extrait de ce qu on peut appeler une « micro biographie » du coureur Émile Zatopek.
On
pourrait donc s attendre à rencontrer un récit narratif.
Or ici ce n est pas l impression générale qui se
dégage.
En effet, la plupart du temps un récit utilise les temps du passé simple et de l imparfait
(action et description), ici le présent et le passé composé dominent.
Il s agit plus d une réflexion sur
Zatopek, son succès, la contribution de son nom à son succès, qu un compte rendu de sa vie.
On
pourrait plus ici caractériser ce texte d un point de vue explicatif : le narrateur explique en quoi le
nom de Zatopek a contribué à son succès (« c est donc peut-être au fond ce nom qui a fait sa
gloire ») (l31-32).
On pourrait même se demander si le narrateur ne cherche pas à convaincre le
lecteur de son idée, le texte tendrait alors vers l argumentatif.
Du moins ce qui est sûr c est qu il
s agit d une réflexion à propos du nom propre, de l influence qu il peut avoir sur le cours de la vie
d une personne.
2.
Commentez le point de vue et le statut du narrateur.
Quels sont les indices de sa
présence ?
Si on relève les indices de la présence du narrateur, on remarque que celui-ci est extrêmement
anonyme, en effet on relève à plusieurs reprises le pronom indéfini de troisième personne « on »
(l16-29-33-40-41-43).
On relève à une reprise l emploi de la première personne du pluriel
(« n exagérons rien ») (l39) qui est en fait une expression toute faite, issue de l oral et n inclut en
général que l énonciateur.
De fait, le narrateur est totalement anonyme, il se cache derrière un « on »
indéfini qui désigne à la fois tout le monde et personne.
Or, cela constitue tout de même un
paradoxe puisque le narrateur expose ici une thèse très personnelle sur l influence qu aurait eue le
nom propre « Zatopek » sur la personne qui le portait.
En revanche l usage du « on » voudrait que
cela soit l avis de tout le monde, ce qui ne peut être forcément le cas.
Le narrateur a de fait un point
de vue extrêmement subjectif sur le personnage, ou plus exactement sur son nom : celui-ci aurait
contribué au succès du coureur.
De fait, ce narrateur apparaît bien plus comme quelqu un en train de
défendre une thèse, de faire une argumentation que comme un narrateur nous relatant une histoire.
3.
Montrez en quoi ce texte est à la frontière de l’écrit et de l’oral.
Quel est l’effet
produit ?
Ce texte est à la frontière de l écrit et de l oral.
En effet, de nombreuses expressions relèvent de
l oralité voire du langage familier.
Ainsi, à plusieurs reprises peut-on relever le démonstratif « ça »
(« ça va tout de suite vite » (l16) « n était pas fait pour ça » (l25), « tout ça est bien joli » (l39), « à
part ça » (l48)) couramment utilisé à l oral sans que cela pose de problèmes, mais qui à l écrit
devrait retrouver sa forme non contractée de « cela ».
De la même manière, on retrouve parfois
seulement le « c », contraction extrême de « cela » « C en serait presque injuste » (l21), « ç aurait
chaque fois aussi bien collé » (l46-47).
De plus, on peut relever quelques expressions relevant du
langage familier, comme par exemple l emploi du verbe « coller » à deux reprises, dans le sens de
« convenir à » qui est très employé à l oral dans le discours familier mais qui est assez incorrect à
l écrit (« ne collait pas aussi étroitement que celui d Émile» (l25-26), « ç aurait chaque fois aussi
bien collé » (l46-47)).
De plus, ce qui peut faire dire que nous sommes à la frontière de l écrit et de
l oral, ce sont les temps verbaux utilisés ici : on aurait des passages à l imparfait et au passé simple
relevant du récit mais également de nombreux passé composés et présent qui eux s apparentent
beaucoup plus au discours (« c est aussi que depuis sa première grande affaire aux Jeux de Londres,
à vingt-six ans, Émile est inégalé, Émile est inégalable » (l1-3)).
En fin le narrateur modalise sans
cesses sans propos, avec des expressions plus ou moins familières (« Résultat, on les a oubliés […]
tant pis pour eux » (l29-30), « on peut se le demander » (l33), « Mais enfin n exagérons rien » (l39)
« à part ça (l48)).
Finalement tous ces éléments font qu on peut considérer ce propos un peu comme
un commentaire journalistique, on a l impression que le narrateur parle du coureur et que ses propos
sont rettranscrits directement, exactement comme il les dit et les pense, d où à la fin du passage un
[Moins]