Mircea Eliade - Le roman de l adolescent myope
Ma décision est prise,
Je m y mettrais chaque après-midi, je n ai pas besoin d inspiration, j écrirai ma vie,
Et ma vie je la connais, j écrirai le roman dont je rêve depuis longtemps
Et j utiliserai ces cahiers d écoliers où je marquais, au jour le jour, ce qu il m arrivait.
Si d...
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Mircea Eliade - Le roman de l adolescent myope Ma décision est prise, Je m y mettrais chaque après-midi, je n ai pas besoin d inspiration, j écrirai ma vie, Et ma vie je la connais, j écrirai le roman dont je rêve depuis longtemps Et j utiliserai ces cahiers d écoliers où je marquais, au jour le jour, ce qu il m arrivait. Si d autres s adonnent à la tristesse ou au foot, moi, j ai toujours préféré écrire. J avais essayé déjà de rassembler mes notes éparpillées dans un journal racontant La vie d un adolescent malheureux d être incompris. Orgueilleux, j y mettais mon venin, Ma haine, mon désir de vengeance contre ceux qui ne me comprenaient pas. Maintenant, je suis grand, j écrirai autrement. Je parlerai principalement de moi, Mais cela intéressera-t-il mes lecteurs ? Contrairement à beaucoup, j ai passé mon temps Dans ma mansarde à désirer, à rêver, non à des fêtes familiales et à de pitoyables Amourettes, mais à toute autre chose. Commençons maintenant. Je suis myope, Un adolesc
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Publiée le 18 Déc. 2011
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Octave Mirbeau - Le jardin des Supplices
Suivi par une série de malchances, je passais devant la Seine
Avec des idées plutôt noires.
C était avant d aller à l Assemblée Nationale
Rejoindre mes confrères, dont j avais pour obligation d entretenir avec eux
Un minimum de sympathie pour me faire une place parmi eux, une place au...
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Octave Mirbeau - Le jardin des Supplices Suivi par une série de malchances, je passais devant la Seine Avec des idées plutôt noires. C était avant d aller à l Assemblée Nationale Rejoindre mes confrères, dont j avais pour obligation d entretenir avec eux Un minimum de sympathie pour me faire une place parmi eux, une place au soleil. Pistonné par le ministre, ami de longue date puisque nous étions D anciens camarades d école, j avais obtenu ce poste dans cette maison Si noble à mes yeux et surtout à ceux qui ne se doutent pas De ce qui s y passe à l intérieur. On me dit intelligent, séduisant, Bon garçon quand je veux m investir dans une tache, c est pourquoi mon ami m a choisi Pour me former à devenir plus tard, pas trop tard je l espère, député et ainsi Avoir un revenu dépassant la moyenne des gens ordinaires dont vous faites Peut-être partis, pardonnez-moi, mais enfin comprenez-moi, si l on veut habiter Un bel appartement à Paris, c est ce salaire qu il faut, pas celui d un petit
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Publiée le 18 Déc. 2011
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Paul Nizon - Stolz
Ma chambre est aussi nue que la rue où j habite, s il n y avait le bus
Traversant de part en part la ville, avec ses poignées pour s accrocher et
Ne pas tomber par terre au moindre virage, au moindre freinage.
J avais froid partout.
Curieusement, subsistait en moi un désir de vivre;
Je n avais ni parti pris, ni...
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Paul Nizon - Stolz Ma chambre est aussi nue que la rue où j habite, s il n y avait le bus Traversant de part en part la ville, avec ses poignées pour s accrocher et Ne pas tomber par terre au moindre virage, au moindre freinage. J avais froid partout. Curieusement, subsistait en moi un désir de vivre; Je n avais ni parti pris, ni projets particuliers, seulement ma jeunesse et cela Me suffisait largement pour l instant. J ai vingt-cinq ans et travaille à la poste pour payer mon loyer et mes études, Mon père ne valant rien, ma pauvre mère travaille encore à un âge où d autres Prennent leur retraite. Je vis dans cette chambre pour ne pas vivre avec ma femme Et mon garçon qui fait tout juste ses premières dents. Il me faut subvenir À tout ce petit monde et à mes propres charges, alors je travaille la nuit, je préfère, Mais dans le fond, je me sens comme Gombrowicz, je me sens profondément immature. J ai fait un rêve, où je me voyais dans un bus bondé de monde, sur moi je portais non
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Philippe Besson - En l absence des hommes
J avais seize ans.
C était la guerre avec ses morts sur les fronts, dans les villes,
Dans les campagnes.
Combien d innocents ont été soufflés d un coup pour rien ?
Je suis élève au Lycée Louis-Le-Grand, sur le boulevard Saint-Michel
Je ne sais pas ce qu est la guerre.
On dit de moi :...
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Philippe Besson - En l absence des hommes J avais seize ans. C était la guerre avec ses morts sur les fronts, dans les villes, Dans les campagnes. Combien d innocents ont été soufflés d un coup pour rien ? Je suis élève au Lycée Louis-Le-Grand, sur le boulevard Saint-Michel Je ne sais pas ce qu est la guerre. On dit de moi : cet enfant est superbe, Il a une peau de fille. . . En fait, ils se trompent, j ai seize ans et je suis un vrai garçon. J échappe à la guerre car je suis trop jeune, alors que mes ainés, Ceux qui se moquaient de moi, n y échappent pas, ils sont absents, Je reste là entouré de femmes. Nous sommes en 1914. De ce début de siècle, ma mère disait voir Dieu dans toute sa miséricorde Nous assurer le bonheur à tous. Elle s est trompée, ce fut une catastrophe. Mon père est vieux et dit n importe quoi. Je ne sais pourquoi ils m ont fait. Que peut dire un garçon de seize ans à un homme de quarante-cinq ? Alors, on ne se dit rien, mais vous, vous m observez. Pourqu
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Publiée le 18 Déc. 2011
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Rétif de la Bretonne - Les nuits de Paris
Longtemps, je vous ai parlé de Paris et de ma passion pour cette capitale
Ayant pour moi deux facettes bien distinctes : celle du jour et celle de la nuit.
Pour vous distraire et vous étonner aussi, je fais le choix de vous parler maintenant
De cette seconde catégorie, en vous présentant...
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Rétif de la Bretonne - Les nuits de Paris Longtemps, je vous ai parlé de Paris et de ma passion pour cette capitale Ayant pour moi deux facettes bien distinctes : celle du jour et celle de la nuit. Pour vous distraire et vous étonner aussi, je fais le choix de vous parler maintenant De cette seconde catégorie, en vous présentant ma vie nocturne comme des tableaux Dont j ai été le témoin, mais l acteur aussi. Je vous montrerai ce dont les hommes Sont capables dès la nuit venue. Chers concitoyens, préparez-vous à lire des histoires Qui ne vous laisseront pas indifférents, tant elles relèvent de la part d ombre Dont nous sommes tous faits. J exciterai votre curiosité Et, je n en doute pas, vous m en remercierez. Un soir, dans les ténèbres, J errais seul comme un poète pensant à son passé, mais voilà que mon imagination S enflamme sans raison précise, mes idées sont confuses, ma tête tourne, j avance, Je m oublie dans cette rue de l Ile Saint-Louis, aimée autant que chérie. Je m asso
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Publiée le 18 Déc. 2011
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Albert Cossery - Mendiants et orgueilleux
Appuyé sur un coude, je me réveille,
Le regard encore tout hébété par le sommeil, je suis perplexe, un danger menace,
Et cela me cloue entre mes draps.
Je suis tout accroché à ce rêve où je me noie,
Je veux continuer à dormir.
Toutefois, il me fallait me ressaisir,
Me frottant les...
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Albert Cossery - Mendiants et orgueilleux Appuyé sur un coude, je me réveille, Le regard encore tout hébété par le sommeil, je suis perplexe, un danger menace, Et cela me cloue entre mes draps. Je suis tout accroché à ce rêve où je me noie, Je veux continuer à dormir. Toutefois, il me fallait me ressaisir, Me frottant les yeux, je me rendis compte de la moiteur de mes mains, j étais, Sans m en rendre compte, à même le sol, entièrement habillé Et l eau avait tout submergé, ma chambre et son sol dallé. J avais l impression, Comme dans un cauchemar, d être sur une île. Cependant, ma frayeur s atténua À mesure que je reprenais conscience de la réalité. L eau venait de la chambre voisine. J avais peur, j avais froid et toujours, j avais sommeil, me sentant faible et désemparé, Mais cela ne m empêcha pas de comprendre ce qui m arrivait : à côté On lave le dallage à grande eau, comme ma mère le fait une fois par semaine Pour faire propre, c est fou comme les gens sont maniaques. Tout d
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Ilan Duran Cohen - Mon cas personnel
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Et de cela je devrai en avoir honte, mais ce n est pas le cas,
Je passe mon temps à mentir,
Au point de ne plus savoir faire la différence entre le mensonge et la vérité.
J ai trente-six ans, je suis entre deux âges, entre celui de l adolescence et celui de la mort.
Ma situation, je la...
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Ilan Duran Cohen - Mon cas personnel . . . Et de cela je devrai en avoir honte, mais ce n est pas le cas, Je passe mon temps à mentir, Au point de ne plus savoir faire la différence entre le mensonge et la vérité. J ai trente-six ans, je suis entre deux âges, entre celui de l adolescence et celui de la mort. Ma situation, je la connais, je ne veux pas vieillir, pas perdre mon innocence, Ma fraîcheur. . . Je résiste à l usure, je suis un solitaire et veux le rester éternellement. Ma vie, j en ferai mon histoire personnelle, sans quiconque autour. Je le jure devant Dieu et le reste du monde, eux que je croise contre mon gré Dans la rue, dans l autobus et dans mes phantasmes aussi. Je suis libre de vivre comme je veux, où je veux, entre mes quatre murs. . . À chaque fois je suis surpris, ils sont toujours là même quand je reviens de vacances. De ce simple état de chose que nous vivons tous au quotidien, personne ne s en offusque, On trouve ça normal, mais je me dois de ne plus y
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Publiée le 18 Déc. 2011
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Manifeste
pour l abolition
des notes à l école
Ces textes ont été écrits à différents moments de mon combat pour cette cause,
j ai laissé volontairement certains doublons, certaines répétitions,
Dans un souci pédagogique, bien entendu !
Abolition des notes à l école
Enseignants, mes frères, battez-vous pour ne...
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1 art-psy Manifeste pour l abolition des notes à l école Ces textes ont été écrits à différents moments de mon combat pour cette cause, j ai laissé volontairement certains doublons, certaines répétitions, Dans un souci pédagogique, bien entendu ! Abolition des notes à l école Enseignants, mes frères, battez-vous pour ne plus avoir à noter vos élèves, Car ne plus les noter, c est retrouver une bonne raison d être là où vous êtes, C est à dire à votre place : aider chaque enfant dont vous avez la charge. Sans notes, l échec scolaire s évapore et il restera la volonté pour tous de Former un corps social cohérent. Cette nouvelle façon de vivre l école Où chacun essayera à sa manière, ici et maintenant, d exprimer sa personnalité, Ses particularités, ses talents, ses désirs. Il est impératif de ne plus être des agents de l État comme si vous étiez Des agents de police, vos élèves ne sont pas Des contrevenants à la loi. . . Refuser de noter un autre que soi-même, c est retrouver La digni
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Publiée le 18 Déc. 2011
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Roland Dubillard - Olga ma vache
Moi, je suis un vieil écrivain et je vis avec une vieille femme et trois grands enfants.
Personne ne me parle maintenant, et malgré cela, je me sens redevenir jeune,
Je raisonne comme si j avais vingt ans et n ai plus envie d écrire comme il faut,
J ai envie d écrire comme il ne faut pas.
Me...
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Roland Dubillard - Olga ma vache Moi, je suis un vieil écrivain et je vis avec une vieille femme et trois grands enfants. Personne ne me parle maintenant, et malgré cela, je me sens redevenir jeune, Je raisonne comme si j avais vingt ans et n ai plus envie d écrire comme il faut, J ai envie d écrire comme il ne faut pas. Me revient cette histoire que j ai gardée Par-devers moi, ne l ayant jamais dite à personne, et pour un auteur, c est plutôt rare. J aurai dû la raconter, elle m aurait donné un peu de joie. . . Ma vie a été si triste, si vide. Je dois vous avertir avant toute chose, C est une histoire idiote, il s agit d une vache. À l époque où elle m est apparue, J en avais assez de tout, je venais d essuyer un échec cuisant sur le plan théâtral, J étais dérouté, je ne savais plus trop quoi faire. J avais un ami qui était peintre Et qui a fait une époustouflante carrière dans le chauffage central. Il avait Une belle maison en Normandie, et me voyant dans cet état de délabrem
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Publiée le 18 Déc. 2011
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Honoré de Balzac - Le père Goriot
Une dame âgée tient à Paris un hôtel bien raisonnable, bien tranquille dans le
Quartier Latin, et ce, depuis près de quarante années sans problèmes particuliers
Ayant frayé la chronique.
Seulement, un jour, un drame survint et je vais essayer
De vous en conter l essentiel.
Il se trouvait en...
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Honoré de Balzac - Le père Goriot Une dame âgée tient à Paris un hôtel bien raisonnable, bien tranquille dans le Quartier Latin, et ce, depuis près de quarante années sans problèmes particuliers Ayant frayé la chronique. Seulement, un jour, un drame survint et je vais essayer De vous en conter l essentiel. Il se trouvait en cet endroit, une pauvre jeune fille, N ayant jamais été, ni à Montmartre, ni à Montrouge, lieux de grandes souffrances, De boue, de joies fausses et agitées, dont parfois les gazettes aiment à donner tout le suc À leurs vilains lecteurs pervers, généreusement installés dans leurs fauteuils de cuir Achetés chez Habitat et pire chez Ikea, avec l espoir baveux de lire quelques nouvelles Piquantes et se léchant déjà les babines sur les malheurs des autres. . . Ensuite, Ces mêmes personnes iront dîner paisiblement dans des gargotes bien fréquentées Et apaisées, comme après l amour, seul ou accompagné de quelqu un de leur choix, Quelqu un qu ils se sont bêtement imposé
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