La justice est un jeu
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LA JUSTICE EST UN JEU Conférence du 5 mai 1997 à l'Ecole des Mines de Nancy Mines Conférences Avant de donner la parole à Maître Jacques Vergès, je voudrais commencer par présenter quelques éléments de son parcours. Maître Vergès a passé son baccalauréat à la Réunion en 1941. Il y fut le condisciple de Raymond Barre. Après avoir étudié l'histoire, Maître Vergès s'engagea dans les Forces Françaises Libres. Il fut affecté à l'artillerie et fut formé à Cherchell en Algérie. De là, il fut envoyé à Fès et il s'entraîna à Sefrou et à el Hajeb. Il fit la campagne d'Italie avec Monsabert puis participa au débarquement de Provence. Ensuite, les cadres de son régiment se débarrassèrent de lui et il fut proposé comme cadre au nouveau régiment de F. F. I. de Paris qui termina la guerre à Royan. Il revint alors aux études et apprit les langues (l'hindi, à cause d'un voyage aux Indes, et le malgache). Puis il fit du droit et Maître Vergès devient avocat en 1955. Il eut alors à défendre des Algériens et se prit de passion pour Djamila Bouhired qu'il épousa en 1961. Il fut ensuite attaché de cabinet au Ministère des Affaires africaines auprès du Docteur Khatib à Rabat. Il disparut ensuite pendant huit ans mais il n'accepte pas, pour le moment, de parler de cette période de sa vie. Un de ses confrères lui demanda un jour de lui avouer ce qu'il avait fait durant cette période et cela sous le sceau du secret. Il lui répondit qu'il avait été l'amant de Margaret Trudeau. Il lui a fallu se réinscrire au barreau de Paris et donc présenter un casier judiciaire vierge. Il est connu pour avoir défendu, outre Barbie à Lyon, des terroristes célèbres dont Carlos ou Anis Naccache. Plus récemment, il a défendu un jardinier marocain, Omar Raddad, accusé d'avoir assassiné sa patronne Madame Marchal. On l'a revu, le mois dernier, à l'occasion du retour en France du Serpent, ce prisonnier eurasiatique longtemps retenu aux Indes. Je suis heureux de parler avec des jeunes qui ont encore leur franchise, qui n'ont pas encore accepté de compromis. Je vais parler avec vous de ma conception de la défense. Posez-moi ensuite les questions que vous voulez, même les plus brutales si vous êtes de tempérament brutal. Je viens devant vous en tant que simple individu et je répondrai en tant que tel. Mais je dois tout de suite dire que je suis atypique car je n'appartiens à aucun syndicat, à aucune organisation. Quand vous lisez actuellement les journaux, vous entendez parler des affaires. Il ne s'agit bien sûr pas des affaires dans le sens économique du terme. Ce ne sont pas les affaires commerciales dont on veut vous entretenir mais des affaires judiciaires, l'affaire des HLM de Paris, d'un côté, l'affaire du sang contaminé de l'autre. Pour toutes ces affaires et pour les procès qui en résulteront, il ne s'agira pas, pour un juge retiré dans une tour d'ivoire, de peser le pour et le contre. Un procès est hautement plus grave. Il y aura des blessés à la fin et même des blessés dès les prémisses du combat. En effet, des hommes peuvent être mis en difficulté simplement à cause des poursuites, par exemple en devenant politiquement inéligibles. Le procès est donc avant tout un combat. C'est un point très important que je veux souligner avant toute autre analyse.