La forêt des paradoxes - Discours de Nobel de Le Clézio - 2008
8 pages
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Goldmund
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J.
M.
G.
Le Clézio : Dans la forêt des paradoxes
© LA FONDATION NOBEL 2008
Les journaux ont l’autorisation générale de publier ce texte dans n’importe quelle langue après
le 7 décembre 2008 17h30 heure de Stockholm....
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J.
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Le Clézio : Dans la forêt des paradoxes
© LA FONDATION NOBEL 2008
Les journaux ont l’autorisation générale de publier ce texte dans n’importe quelle langue après
le 7 décembre 2008 17h30 heure de Stockholm.
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Conférence Nobel
Le 7 décembre 2008
Pourquoi écrit-on ? J’imagine que chacun a sa réponse à cette simple question.
Il y a les
prédispositions, le milieu, les circonstances.
Les incapacités aussi.
Si l’on écrit, cela veut dire
que l’on n’agit pas.
Que l’on se sent en difficulté devant la réalité, que l’on choisit un autre
moyen de réaction, une autre façon de communiquer, une distance, un temps de réflexion.
Si j’examine les circonstances qui m’ont amené à écrire – je ne le fais pas par complaisance,
mais par souci d’exactitude – je vois bien qu’au point de départ de tout cela, pour moi, il y a la
guerre.
La guerre, non pas comme un grand moment bouleversant où l’on vit des heures
historiques, par exemple la campagne de France relatée des deux côtés du champ de bataille de
Valmy, par Goethe du côté allemand et par mon ancêtre François du côté de l’armée
révolutionnaire.
Ce doit être exaltant, pathétique.
Non, la guerre pour moi, c’est celle que
vivaient les civils, et surtout les enfants très jeunes.
Pas un instant elle ne m’a paru un moment
historique.
Nous avions faim, nous avions peur, nous avions froid, c’est tout.
Je me souviens
d’avoir vu passer sous ma fenêtre les troupes du maréchal Rommel remontant les Alpes à la
recherche d’un passage vers le nord de l’Italie et l’Autriche.
Cela ne m’a pas laissé un souvenir
très marquant.
En revanche, dans les années qui ont suivi la guerre, je me souviens d’avoir
manqué de tout, et particulièrement de quoi écrire et de quoi lire.
Faute de papier et de plume à
encre, j’ai dessiné et j’ai écrit mes premiers mots sur l’envers des carnets de rationnement, en
me servant d’un crayon de charpentier bleu et rouge.
Il m’en est resté un certain goût pour les
supports rêches et pour les crayons ordinaires.
Faute de livres pour enfants, j’ai lu les
dictionnaires de ma grand-mère.
C’étaient de merveilleux portiques pour partir à la
reconnaissance du monde, pour vagabonder et rêver devant les planches d’illustrations, les
cartes, les listes de mots inconnus.
Le premier livre que j’ai écrit, à l’âge de six ou sept ans, du
reste s’intitulait Le Globe à mariner.
Suivi tout de suite par la biographie d’un roi imaginaire
appelé Daniel III – peut-être était-il de Suède ? Et par un récit raconté par une mouette.
C’était
une période de réclusion.
Les enfants n’avaient guère la liberté d’aller jouer dehors, car les
terrains et les jardins autour de chez ma grand-mère avaient été minés.
Au hasard des
promenades, je me souviens d’avoir longé un enclos de barbelés au bord de la mer, sur lequel
un écriteau en français et en allemand menaçait les intrus d’une interdiction accompagnée d’une
tête de mort.
Je peux comprendre que c’était un contexte où l’on avait le désir de s’enfuir – donc de rêver et
d’écrire ces rêves.
En outre, ma grand-mère maternelle était une extraordinaire conteuse, qui
réservait aux longues heures d’après-midi le temps des histoires.
Ses contes étaient toujours très
imaginatifs, et mettaient en scène une forêt – peut-être africaine, ou peut-être la forêt
mauricienne de Macchabée – dont le personnage principal était un singe doué de malice, qui se
sortait toujours des situations les plus périlleuses.
Par la suite, j’ai fait un voyage et un séjour en
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