Microsoft Word - L'éPURé N° 6 GH 25 01 2009
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25/01/2009
L’éPURé N° 6
Bonjour,
Agathe, entre anachronisme, alcoolisme et réalisme
Ils l’ont appelé à 17 heures.
C’était son tour à Agathe.
Ses résultats n’étaient pas
excellents, mais elle avait quand même fait une...
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25/01/2009
L’éPURé N° 6
Bonjour,
Agathe, entre anachronisme, alcoolisme et réalisme
Ils l’ont appelé à 17 heures.
C’était son tour à Agathe.
Ses résultats n’étaient pas
excellents, mais elle avait quand même fait une bonne année.
Ils lui ont dit que si elle
s’engageait à travailler dur, très dur même, elle pourrait intégrer dans deux ans une
grande école, type commerce, ou même une prépa en études scientifiques, mais elle
savait bien qu’ils disaient ça car la branche connaissait une pénurie d’étudiants.
Ils lui
ont annoncé tout ça comme si c’était un honneur.
Comme si c’était une promesse sur sa
vie future.
Un cadeau qu’ils lui faisaient.
Leur ton était grave, autoritaire.
Et triste.
Et
puis commerce ou études scientifiques, ça n’avait rien à voir !
Ils avaient fait la même déclaration à son frère, sept ans auparavant.
Quand Vincent a
opté pour le marketing, la filière était prometteuse.
Cinq ans plus tard, son Master en
poche, elle était en crise, et sa formation n’était pas la mieux cotée.
Les technologies
avaient connu une nouvelle révolution, et ses connaissances étaient quelque peu
dépassées.
Alors il a fait des petits boulots, stages, CDD, et après un an et demi à ce
régime, quand il décrochait encore un rare entretien pour un travail lié à ses études, on
lui a signifié qu’il n’avait pas d’expérience.
Le fait d’avoir passé dix huit mois hors de sa
branche était rédhibitoire, il n’était plus considéré comme opérationnel.
Alors il a
déprimé, a végété, et s’est mis à boire.
Certains lui ont dit que c’était de sa faute, qu’il
ne s’était pas assez battu, pas assez accroché.
Agathe savait que ça n’était pas vrai,
mais qu’on culpabilisait les gens comme son frère et qu’on disait même que c’était la
sélection naturelle, comme pour les animaux.
La société imposait la sélection naturelle,
qu’elle attribuait au mérite, mais le mérite s’appelait souvent « piston », « carnet
d’adresses », « asservissement » ou « compromission ».
Vincent n’avait pas ses qualités
là.
Agathe sorti de la salle après les avoir remerciés, elle avait tenu son rôle, montré sa
motivation, avait dit qu’elle allait « mettre tous les moyens en place ».
Elle avait fait ce
qu’ils attendaient d’elle.
Sur le chemin du retour, elle se souvînt de ce que lui racontaient ses parents.
La
jeunesse libre et insouciante, sans réelle pression ; le travail obtenu rapidement même
après le BAC, qu’on pouvait choisir, qu’on aimait en général et dont on était parfois même
fier ; Et puis sinon on pouvait toujours en changer.
Les salaires permettaient au moins
de se loger facilement, de gagner son indépendance et de profiter de ce moment où l’on
rentre dans le monde adulte.
Ceux qui faisaient des études choisissaient les lettres, les
arts, et moins le commerce.
L’insouciance encore.
Leurs parents à eux n’étaient pourtant
pas riches, ho non ! Et puis ce temps donné au temps, pour « être dehors », le plus
souvent possible.
C’était une autre époque.
Pas forcément mieux, le reconnaissaient ils,
les problèmes étaient … différents.
Mais la vie était aussi plus simple, plus facile, plus en
lien avec la proximité.
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