Grands penseurs en éducation- Bogdan Suchodolsky
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Le texte suivant est tiré de Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée
(Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol.
XXIV, n° 3/4, 1994 (91/92), p.
597-615.
©UNESCO : Bureau international...
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Le texte suivant est tiré de Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée
(Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol.
XXIV, n° 3/4, 1994 (91/92), p.
597-615.
©UNESCO : Bureau international d’éducation, 2000
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BOGDAN SUCHODOLSKI
(1903 — 1992)
Irena Wojnar
1
L’homme et son temps
« C’est en me penchant sur les humanités dans leur sens le plus large, sur la culture comme une
réalité essentiellement humaine, créée par l’homme et le formant à la fois, que je connus mes
premières préoccupations d’ordre pédagogique.
Pourtant, celles-ci s’exprimaient pourtant dans une
idée générale de l’homme formé par ses propres œuvres, par sa propre activité culturelle.
L’idée de
la culture entendue comme un idéal, un idéal humaniste, me semblait toujours essentielle aussi pour
les réflexions pédagogiques.
J’ai considéré l’humanisme comme un ensemble de vérités et de
normes qui se situent au-delà de la vie courante, de ses intérêts et de ses contradictions, voire audelà de ses normes ».
Ces paroles de Bogdan Suchodolski, prononcées au soir de sa vie, expriment excellemment
son attitude de pédagogue-philosophe passionné de réflexions sur l’homme, sur la culture et sur la
formation humaine.
Il entendait l’éducation comme un processus permanent, épousant la vie de
l’individu pensant, sensible et créateur.
Né au début du siècle, il a marqué par sa présence créatrice les étapes successives de
l’époque qui s’achève.
Sa biographie intellectuelle, ses activités, ses succès et ses échecs ne
caractérisent pas seulement le destin individuel d’un savant doué de nombreux talents, exprimant
des intérêts particulièrement larges, un de ceux, de plus en plus rares d’ailleurs, qui n’usurperaient
pas le nom d’humaniste, au sens classique de ce mot.
Ils permettent également de mieux
comprendre l’histoire dramatique d’une génération de l’intelligentsia polonaise empêtrée dans tout
en ensemble d’événements, d’espérances et de tâtonnements, s’assignant des missions, effectives et
imaginaires, d’une génération de conflits et de carrefours, mais avant tout dotée d’une sensibilité
sociale et patriotique.
Avec la disparition du professeur Suchodolski, c’est toute une époque qui
touche à sa fin, celle de notre vingtième siècle.
Le professeur pensait d’ailleurs écrire un livre qui
porterait un titre de ce genre.
Il appartenait donc à une génération, née et encore élevée dans une Pologne partagée, qui
avait eu la chance de jouir d’une liberté recouvrée en 1918 après plus de cent ans de domination,
avait participé à la construction entre les deux guerres de la seconde République, avait lutté contre
l’occupation hitlérienne et, la guerre terminée, avait entamé l’œuvre de la reconstruction, inspirée
des valeurs nouvelles.
Bogdan Suchodolski est né à Sosnowiec, au sud de la Pologne, dans une famille aisée, fils
unique d’un médecin que passionnait l’activité sociale en faveur des ouvriers travaillant dans les
mines de charbon.
C’est l’ambiance familiale qui a formé la sensibilité du jeune garçon, nourri son
exceptionnelle intelligence et encouragé son attitude patriotique et engagée.
Destiné par la famille
au métier d’architecte, il n’a pu cependant renoncer à sa passion pour la littérature et pour la
philosophie, contractée au lycée où, détail pittoresque, il avait été condisciple et ami d’un célèbre
chanteur d’opéra, Jean Kiepura.
Suchodolski a poursuit ses études aux universités de Varsovie et
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