Grands penseurs en éducation- Jean Piaget
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Le texte suivant est tiré de Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée
(Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol.
XXIV, n° 1-2, 1994, p.
321-337.
©UNESCO : Bureau international d’éducation,...
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Le texte suivant est tiré de Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée
(Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol.
XXIV, n° 1-2, 1994, p.
321-337.
©UNESCO : Bureau international d’éducation, 2000
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JEAN PIAGET
(1896-1980)
Alberto Munari
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Un profil d’éducateur consacré au grand épistémologue et psychologue suisse pourrait, de prime
abord, surprendre : comment en effet considérer Jean Piaget comme un éducateur alors qu’il n’a
jamais exercé cette profession, que lui-même a toujours refusé de se considérer comme un
pédagogue, allant jusqu’à affirmer : « Je n’ai pas d’opinion en pédagogie » (Bringuier, 1977, p.
194), et que la totalité de ses écrits sur l’éducation
2
ne dépasse pas les trois centièmes
3
de
l’ensemble de son œuvre ?
La perplexité peut être tout-à-fait justifiée si l’on ne se réfère qu’à la production scientifique
de Piaget lui-même.
Elle l’est toutefois moins pour qui songe au nombre important d’ouvrages que
nous devons à d’autres auteurs sur les implications éducatives de l’œuvre piagétienne
4
.
C’est un fait
que, depuis plusieurs années, on ne compte plus les éducateurs et les pédagogues de divers pays qui
se réfèrent explicitement aux travaux de Piaget pour justifier leurs pratiques ou leurs principes.
Mais s’agit-il toujours de la même interprétation ? Fait-on invariablement référence à la psychologie
piagétienne, ou évoque-t-on d’autres aspects de son œuvre complexe et multiforme ? Auxquels des
Piaget si divers doit-on les apports les plus importants : au Piaget biologiste, à l’épistémologue, au
psychologue, ou est-on particulièrement redevable au « politique » de l’éducation — comme on
pourrait qualifier le Piaget directeur du Bureau international d’éducation ?
Le combat d’une vie : la science
Mais commençons par dessiner la toile de fond.
Figure typique d’académicien « illuminé », Jean
Piaget a lutté toute sa vie contre les institutions et les préjugés intellectuels de son époque — et
peut-être aussi contre ses propres préoccupations spiritualistes et idéalistes de jeunesse (Piaget,
1914, 1915, 1918) — pour défendre et promouvoir l’approche scientifique.
Incité par un père « à l’esprit scrupuleux et critique, qui n’aimait pas les généralisations
hâtives » (Piaget, 1976, p.
2), initié très tôt à la précision de l’observation naturaliste par le
malacologue Paul Godet, directeur du Musée d’histoire naturelle de Neuchâtel, sa ville natale
(ibid.
, p.
2-3), lancé, encore écolier, dans l’arène de la confrontation scientifique internationale —
n’a-t-il pas publié dès 1911, à l’âge de 15 ans, ses premiers travaux dans des revues à grand tirage ?
— Piaget fut très vite séduit par le charme et la rigueur de la recherche scientifique.
Écoutons-le :
« Ces études, pour prématurées qu’elles fussent, furent néanmoins très utiles à ma formation
scientifique; de plus, elles fonctionnèrent si je puis dire comme instruments de protection contre le
démon de la philosophie.
Grâce à elles, j’eus le rare privilège d’entrevoir la science et ce qu’elle
représente avant de subir les crises philosophiques de l’adolescence.
Avoir eu l’expérience précoce
de ces deux types de problématiques a constitué, j’en suis convaincu, le mobile secret de mon
activité ultérieure en psychologie (ibid.
, p.
3) ».
Ainsi, et malgré deux importantes « crises d’adolescence », l’une religieuse, l’autre
philosophique (ibid.
, p.
4), Piaget fut progressivement amené à l’intime conviction que l’approche
scientifique était la seule voie d’accès légitime à la connaissance, et que les approches réflexives ou
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