Grands penseurs en éducation- Jean-Jacques Rousseau
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Le texte suivant est tiré de Perspectives : revœue trimestrielle d’éducation comparée
(Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol.
XXIV, n° 3/4, 1994 (91/92), p.
443-456.
©UNESCO : Bureau international...
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Le texte suivant est tiré de Perspectives : revœue trimestrielle d’éducation comparée
(Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol.
XXIV, n° 3/4, 1994 (91/92), p.
443-456.
©UNESCO : Bureau international d’éducation, 2000
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JEAN-JACQUES ROUSSEAU
(1712-1778)
Michel Soëtard1
Jean-Jacques Rousseau, qui préféra prendre le risque de se présenter comme « l’homme de
tous les paradoxes » plutôt que de rester un « homme de préjugés », met l’historien de la
pensée éducative aux prises avec un paradoxe de taille : l’œuvre dont l’influence a été sans
conteste la plus profonde et la plus durable sur le développement du mouvement
pédagogique, celle qui, selon la formule de Pestalozzi, a été au cœur du développement dans
l’ancien et dans le nouveau monde en matière d’éducation, s’est constituée sur un mépris total
de la pratique, écartée d’un revers de plume par Rousseau dans la préface de l’Émile, tournée
en dérision lorsqu’un père admiratif lui présentait son enfant élevé selon les « nouveaux
principes », et au plus haut point ridiculisée lorsqu’il abandonna ses propres enfants.
Rousseau ne fut pas un très bon précepteur, loin de là.
Et l’énigme reste entière : pourquoi des
praticiens comme Pestalozzi, Fröbel, Makarenko, Dewey, Freinet, tous engagés dans des
expériences historiques, n’ont-ils jamais pu se détacher de l’Emile, cette oeuvre de pure
utopie, et sont-ils venus y puiser régulièrement, comme à une source? Est-ce en guise de
consolation devant la répétition de leurs propres échecs ou bien pressentaient-ils dans l’œuvre
du Genevois quelque chose de particulier qui ne cessa de les inspirer, et dont les effets ne
semblent pas encore avoir été épuisés ?
La philosophie de l’éducation
A la question fréquemment posée : « Où réside l’originalité de l’approche de Rousseau en
matière d’éducation ? », les réponses sont nombreuses et il nous faut les passer au crible de la
critique.
Rousseau, initiateur d’une « révolution copernicienne », aurait mis l’enfant au centre
du processus éducatif.
L’Émile y a, certes, fortement contribué, mais il convient d’observer
qu’après une longue période d’indifférence, l’intérêt porté à l’enfant était dans l’air du temps
et qu’il tendait même à devenir une mode : moralistes, autorités administratives, médecins
redoublaient d’arguments pour inciter les mères à s’occuper de leur progéniture, en
commençant par l’allaitement.
Rousseau participa au développement de ce « sentiment pour
l’enfant » autour duquel s’est constituée la « famille nucléaire ».
Néanmoins, il réagit aussi
contre la complaisance inconsidérée de l’adulte à l’égard de celui qui tendrait à devenir le
centre du monde : s’il faut rejeter l’image de l’enfant fruit du péché, il ne faut pas pour autant
diviniser ses désirs.
A l’époque où Rousseau composa son Émile, la littérature sur l’éducation était déjà
abondante.
On ne compte plus les livres, chapitres et articles qui lui étaient consacrés.
Tout
le monde s’en était mêlé : des philosophes comme Helvétius pour qui tout dépend de
l’éducation (cf.
De l’esprit publié en 1758), qu’il s’agisse de l’homme ou de l’Etat; des
savants, des utopistes tel l’abbé de Saint-Pierre, auteur d’un Projet pour perfectionner
l’éducation, les poètes eux-mêmes qui mettaient en quatrains les maximes d’éducation.
On
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