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A main levée

Format : Romans
Catégorie : Littérature
Langage : Français
8 pages
Publiée le 5 Mai 2008
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A MAIN LEVEE Un simple petit geste montant : un bras, un coude, un avant-bras, une main et ses doigts dressés vers le plafond. Le mouvement était anodin et n'avait rien de compliqué, mais la répercussion de cette action physique avait quelquefois des effets inattendus. La main levée du « Madame, j'peux aller faire pipi ? » de notre enfance ou du « Voté à l'unanimité ! » de nos fastueuses élections du bureau associatif ne restaient que rarement gravés dans nos annales mémorielles, mais quand ce ridicule déplacement de mon membre supérieur me mit en cette situation inextricable, je me rendis compte à quel point il pouvait être important. Il y a encore quelques jours, nous n'étions que cinq disciples attablés autour du bureau de notre grand patron. Ce terme de grand n'était d'ailleurs pas tronqué ; du haut de son mètre quatre-vingtquinze, toujours debout derrière la table, il semblait vouloir contrôler la naissance de nos calvities ou, pour les dames, la coloration de leurs racines. Il était en colère, je ne dirais pas comme de coutume, mais presque ; laver les carreaux extérieurs de ce bureau du quatorzième étage aurait pu être dangereux, le souffle, accompagnant la voix tonitruante de notre mentor, était susceptible de projeter n'importe quel laveur de vitres hors de sa nacelle. Pourtant, cela ne m'importait que peu ; en tant que petit chef de service comptable, j'en avais une certaine habitude et n'entendais plus vraiment ses hurlements. En fait, comme je trouvais particulièrement inutiles ces réunions, j'aurais volontiers glissé une boule de papier dans chaque oreille. Une seule chose m'en empêchait : la peur panique qu'il ne les voie. Nous ne recevions que très rarement de satisfecits lors de ces rencontres mensuelles, la plupart du temps, nous ne faisions que recevoir ses coups de fouet verbaux. Il tenait néanmoins à sauver les apparences et à cacher sa condition de despote sous un maquillage démocratique. Un à un, il passait en revue nos services, nous délivrait un savon, puis faisait adopter, à toute l'assemblée et à main levée, les nouvelles directives imposées au chef de bureau désigné. Dans sa bouche, notre travail était toujours nul, il fallait faire comme ci ou comme ça, changer ci ou changer ça et, lorsqu'il en avait terminé avec sa proie, dans une collégialité bien plus proche de la lâcheté que de l'approbation, nous levions la main comme un seul homme pour donner notre accord sur les réformes qu'il imposait, même si, le plus souvent, elles étaient inutiles et incomprises de tous. J'étais passé le premier. Quelle chance ! Je savais qu'après s'être acharné sur moi, j'aurais quelques minutes de tranquillité. Je reçus mon sermon mensuel sur mon incapacité à gérer les relances. Cela ne concernait même pas les paiements tardifs qui, j'aurais pu l'admettre, posaient des problèmes de
 
 

Concours de nouvelles 2007/2008 (Par nticparay)