A main levée
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A MAIN LEVEE
Un simple petit geste montant : un bras, un coude, un avant-bras, une main et ses doigts dressés
vers le plafond.
Le mouvement était anodin et n'avait rien de compliqué, mais la répercussion de cette
action physique...
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A MAIN LEVEE
Un simple petit geste montant : un bras, un coude, un avant-bras, une main et ses doigts dressés
vers le plafond.
Le mouvement était anodin et n'avait rien de compliqué, mais la répercussion de cette
action physique avait quelquefois des effets inattendus.
La main levée du « Madame, j'peux aller faire
pipi ? » de notre enfance ou du « Voté à l'unanimité ! » de nos fastueuses élections du bureau associatif
ne restaient que rarement gravés dans nos annales mémorielles, mais quand ce ridicule déplacement de
mon membre supérieur me mit en cette situation inextricable, je me rendis compte à quel point il
pouvait être important.
Il y a encore quelques jours, nous n'étions que cinq disciples attablés autour du bureau de notre
grand patron.
Ce terme de grand n'était d'ailleurs pas tronqué ; du haut de son mètre quatre-vingtquinze, toujours debout derrière la table, il semblait vouloir contrôler la naissance de nos calvities ou,
pour les dames, la coloration de leurs racines.
Il était en colère, je ne dirais pas comme de coutume, mais
presque ; laver les carreaux extérieurs de ce bureau du quatorzième étage aurait pu être dangereux, le
souffle, accompagnant la voix tonitruante de notre mentor, était susceptible de projeter n'importe quel
laveur de vitres hors de sa nacelle.
Pourtant, cela ne m'importait que peu ; en tant que petit chef de
service comptable, j'en avais une certaine habitude et n'entendais plus vraiment ses hurlements.
En fait,
comme je trouvais particulièrement inutiles ces réunions, j'aurais volontiers glissé une boule de papier
dans chaque oreille.
Une seule chose m'en empêchait : la peur panique qu'il ne les voie.
Nous ne recevions que très rarement de satisfecits lors de ces rencontres mensuelles, la plupart
du temps, nous ne faisions que recevoir ses coups de fouet verbaux.
Il tenait néanmoins à sauver les
apparences et à cacher sa condition de despote sous un maquillage démocratique.
Un à un, il passait en
revue nos services, nous délivrait un savon, puis faisait adopter, à toute l'assemblée et à main levée, les
nouvelles directives imposées au chef de bureau désigné.
Dans sa bouche, notre travail était toujours nul,
il fallait faire comme ci ou comme ça, changer ci ou changer ça et, lorsqu'il en avait terminé avec sa
proie, dans une collégialité bien plus proche de la lâcheté que de l'approbation, nous levions la main
comme un seul homme pour donner notre accord sur les réformes qu'il imposait, même si, le plus
souvent, elles étaient inutiles et incomprises de tous.
J'étais passé le premier.
Quelle chance ! Je savais qu'après s'être acharné sur moi, j'aurais
quelques minutes de tranquillité.
Je reçus mon sermon mensuel sur mon incapacité à gérer les relances.
Cela ne concernait même pas les paiements tardifs qui, j'aurais pu l'admettre, posaient des problèmes de
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