Souviens-toi d'Hannah
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Souviens-toi d'Hannah
Grand-père les avait quittées depuis deux ans.
Il n'était pas parti seul.
Avant de fermer son cercueil, Maman avait glissé le tableau sous ses bras.
Elle avait pleuré en souriant,
caressé ses mains...
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Souviens-toi d'Hannah
Grand-père les avait quittées depuis deux ans.
Il n'était pas parti seul.
Avant de fermer son cercueil, Maman avait glissé le tableau sous ses bras.
Elle avait pleuré en souriant,
caressé ses mains une dernière fois, effleuré la toile, puis elle avait éloigné ses filles de ce silence glacial,
privé des rires tendres de l'aïeul.
Salomé ne gardait que des reflets imprécis de leur grand-mère : des yeux doux, un chignon lumineux, peutêtre une odeur de lavande.
.
.
Elle était trop petite pour se rappeler.
Elsa avait sept ans à la mort de Grand-mère.
Elle ressentait encore son regard vert, indéfinissable.
Elle se
souvenait de sa peau douce, de ses bras enveloppants.
Des murmures, des sons, des chants oubliés venaient
quelquefois la surprendre.
Et surtout, l'image de cette main agile qui voyageait sur le piano.
Grand-mère
prenait Elsa et Salomé sur ses genoux pour leur conter à mi-voix des histoires merveilleuses, accompagnées
d'harmonies chuchotées au piano.
Elle ne jouait que d'une main.
Son autre bras serrait contre elle ses petitesfilles et ses doigts effleuraient tendrement leurs chevelures mêlées.
Cette main caressante intriguait beaucoup
Elsa.
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.
Elle était toujours vêtue de douceur noire.
Ensuite toute cette tristesse.
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Grand-père très digne lors de leur séparation, épaules droites, tête haute, regard
noyé.
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Grand-mère sous terre et lui voyageant encore quelques années parmi les vivants.
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Grand-père était peintre, un grand peintre ! Sa tignasse lumineuse, ses yeux clairs souriant derrière de petites
lunettes rondes, sa carrure impressionnante tempérée par une voix discrète, presque murmurée, laissaient
l'image d'un artiste original.
Il claudiquait et ne se déplaçait jamais sans sa canne, une belle œuvre en bois
ciselé.
Il peignait tout en double, ses toiles allaient par paires, avec des intensités différentes, des lueurs
dissemblables, des reflets éloignés.
Lorsqu'il exposait, il plaçait ses œuvres jumelles dans des pièces
voisines et observait malicieusement les allées et venues des visiteurs qui déambulaient de l'une à l'autre pour
comparer les nuances ou relever les divergences.
Elsa avait quinze ans lorsqu'il était mort, Salomé douze ans seulement.
Il avait été un merveilleux grandpère, proche, complice, facétieux.
Chez lui, dans sa maison de Paray, à côté du canal, on pouvait sauter sur
les canapés, se coucher tard, jouer avec sa précieuse canne, chanter à tue-tête, rire à pleine voix, s'emplir les
mains et les cheveux de peinture ; il n'y avait jamais d'interdit ! Lorsque Maman venait chercher ses filles, à
la fin des vacances, elle prenait un air désespéré, haussait les épaules, lançait à Grand-père des regards
désapprobateurs, mais ses yeux riaient de tant de bonheur.
Elsa s'était souvent posé la question.
Maman éludait.
Tante Estelle, la sœur de Grand-père, souriait et
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