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Le Monde 18.07.2008_Supp Livr

Cette publication comporte une image de fond personnalisée
Format : Journaux
Catégorie : Culture
Langage : Français
4 pages
Publiée le 18 Juil. 2008
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CAHIER DU « MONDE » DATÉ VENDREDI 18 JUILLET 2008, NO 19743. NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT Surlepoint de mourir,un grand baroudeur dujournalisme, converti àla sagesseasiatique, confie quelques vérités àson fils CEUXquiconnaissentlesprêtresde Rome« savent qu’aucunviceneleurest étranger,aucune innocencesacrée ». Lajusticede Dieu« est laplus ridiculede touteslesfables ». LaSainteViergetransmet à unefillel’ordredeDieu :qu’elletueson père aprèsluiavoir infligé« lestourmentslesplus cruelspensables »… Pageaprèspage, desrépliquesdece genrese multiplient,surfond d’inceste, de viol,de méprispour les « véritéschrétiennes ». L’œuvre n’a riend’originalquantaufond ; elleest trèsinattendue de la partde son auteur,Alfred Nobel,qui,pourtant,n’a jamaisrenié sonéducation luthérienne. Avant samort,en 1896,Nobelarédigédeuxtextes. Untestament,mondialementconnu,léguantsafortuneàunefondation visantà honorerqui aura« renduà l’humanitélesplusgrandsservices »,et unetragédietotalementoubliée,d’unanticléricalismeétonnant. NéàStockholmen 1833, NobelséjourneauxEtatsUnisetenRussie oùildirige uneusined’armescréée par sonpère. Deretouren Suède, ilfonde sapropreentreprise deproduction de nitroglycérine. Unaccident ayant provoquélamortd’unde sesfrères, ilen améliorele maniementet créeladynamite. Milliardaire installéàParis,ilsurmonte unedéceptionamoureuse, vouesavie àlascienceet règnesurune soixantainede sociétésen Europe. Danscettebiographie,quelle placepeutavoircettetragédie etsurtout,commentencomprendrela motivation ? Un défoulement ?Un amusementde nabab ? Unpied de nezauxbien-pensants ? Quelleque soitlaraison, Némésis– déessede laVengeance–est uneœuvreassezscandaleuse pourqu’un pasteursuédois, enactivitéàParis àlamortde Nobel,lafassedisparaître. Un exemplairefutsauvé ;ilappartientactuellement auxArchivesnationales deSuède. Lesujetde Némésisest unparricidedanslaRome dela fin duXVIe siècle. Sadique,brutal,Francisco Cenciestle chef tyranniqued’unepuissante famille. Sa filleBéatricele fait assassinerpour se vengerde sescruautéset de l’avoirviolée. Arrêtée,condamnée,elle estexécutéeen1599. Dumas,Shelley, Stendhal…: cefait diversainspirébien desauteurs. Commeses prédécesseurs,Nobell’assombrit encore. Moins pour leraconterunefois de plusque pour créerune œuvreiconoclaste. Uneœuvrequinedit rien néanmoinsde ce quiapu conduireunhommesagecommeNobelàde telsdéchaînementscontre leVatican, ses lévites,etlafoi enDieu. a Pierre-Robert Leclercq Némésis, d’Alfred Nobel. Traduit du suédoiset présentépar RégisBoyer. Les Belles Lettres, 152 p. , 19 ¤. L e passé ? Il n’existe pas : « ce sont des mémoires qu’on accumule, qu’on ordonne et qu’on falsifie ». Le futur n’a pas plus de réalité:« c’est uneboîteremplie d’illusions,uneboîtevide. Quiteditqu’elleseremplira ? »Non,Folco,la seule chose vraie est l’instant présent. « Vismaintenant ! » L’homme qui parle a 66 ans, il est atteint d’un cancer incurable et sait qu’il va bientôt « quitter son corps ». Retiré sur les collines au-dessusdeFlorence,TizianoTerzani propose à son fils Folco, 35 ans,de s’entretenir avec lui tous les week-ends : « Tu me poserais les questionsquetuastoujoursvoulume poser,etmoijeterépondraisàbâtons rompus sur tout ce qui me tient à cœur. » Ce livre posthume, mis en forme par le fils, est un magnifique exercice de sincérité. C’est le parcoursd’uninfatigableglobe-trotter du journalisme italien, parti chercher « les autres » en Asie, pour finirparsetrouverlui-même. TizianoTerzaniestnéen1938,à Florence,dansunemodestefamille ouvrière. Ledimanche,dit-il,« j’allais regarder les riches manger une glace ». Ilréussitquandmêmeàfaire des études supérieures et, jeune marié, se retrouve à la direction du personnel d’Olivetti. Mais avec des velléités politiques, et le désir de « changerlasociété ». Il obtient une bourse aux EtatsUnis. Là-bas,aulieudes’américaniser, il apprend le chinois aux frais de l’Oncle Sam. De retour en Italie, décidé à combattre « un monde injuste », il collabore à une revue, puis au quotidien Il Giorno. Beau parleur,grandegueule,TizianoTerzani frappe à la porte du Spiegel, à Hambourg,pourproposersesservices comme… correspondant en Asie. Il a alors 33 ans. Engagé, il s’installeàSingapour,oùsafemme etses deuxenfants le rejoignent un peu plus tard. Par la suite, il sera basé successivement à Hongkong, Pékin,Tokyo,BangkoketDelhi. « Jevoulais,dit-ilàsonfils,raconter aux autres les images qu’ils ne voyaient pas, les sons qu’ils n’entendaient pas, les odeurs qu’ils ne sentaient pas. » Ses articles sont complétés par les photos qu’il prend avecsoninséparableLeica. Ils’identifievolontiersaupaysoùilvit,s’habillantàlamanièrelocale. « Rechercherla vérité », pour lui,n’implique pasdeviserunequelconqueobjectivité : il s’agit de « raconter avec son cœur, en s’impliquant ». La guerre, pour commencer. « Pour ma génération, le Vietnam a été un test de moralité. »Lereporterprendclairement le parti du Vietcong, horrifié par cette Amérique dont les B52 lâchent des chapelets de bombes surdesvillagesrebelles. Sansêtremaoïste,TizianoTerzaniestfasciné alorsparlaChine, qui semble inventer un homme nouveau. Il se fourvoie, comme d’autres Européens, et finit par le reconnaître. Des deux mythes de son adolescence, Mao et Gandhi, seul le second demeurera. Le journaliste se convertit peu à peu à la non-violence, après avoir constaté que« lapolitiquen’offreaucunesolution ». Il était parti avec le désir de changer le monde, mais n’est-ce pas l’homme qui doit d’abord se changer lui-même ? Le journalisme ne l’intéresse plus. La vérité qu’il cherchait n’est pas « dans les faits, mais derrière les faits », lesquelsserépètentdemanièredésespérante. Alafindesavie,ilparcourt les journaux distraitement. « Je les aidéjàlusily atrenteans. » Tiziano Terzani n’était pas un saint. Ilaconnulapassiondujeuet, pendant la guerre du Vietnam, a « fait tous les bordels de Saïgon ». Celanel’apasempêchéd’aimerpassionnément la même femme pendant quarante-sept ans. « Ta mère est tout pour moi », dit-il à Folco. Il disaitqu’ilsesentaitcomme« l’éléphant attaché à un poteau par un fil de soie », selon l’expression du prix Nobel indien Rabindranath Tagore. « Cechoix,jenel’aijamaismisen doute, jamais, tu entends. » A son fils, il donne divers conseils, dont celui-ci : « Lorsque tu es à un carrefouretquetuaslechoixentreuneroutequimonteetuneroutequidescend, prendscellequimonte. C’estplusfacilededescendre,maisonfinitpartomberdansuntrou. » Quand Tiziano Terzani apprend qu’ilestatteintd’uncancer,ilseretire dans un chalet de l’Himalaya, sans eau ni électricité, en compagnie d’un vieux maître indien. « Abandonne,abandonne,abandonnetout »,luirépètecedernier. Ilfaut « apprendre à mourir durant sa vie ». Le vieil Indien l’incite à se détacher même de ses proches, mais il ne le suit pas aussi loin. « Lesextrémismes sonttoujours des erreurs. » Il mourradonc, presque joyeusement, dans les bras de sa femme, de son fils et de sa fille, dans ce coin de Toscane où il s’identifie à la nature, comme dans l’Himalaya. « Je sens ma vie qui s’enfuit, mais elle ne s’enfuit pas, car elle fait partie de la même vie que la vie de ces arbres. C’est une chose merveilleuse que de se disperser dans la vie du cosmos et d’être une partie du grand tout. » Le temps n’avance pas, il se répète,tournesurlui-même. CommeleditKrishna,« toutcequinaît meurt, et tout ce qui meurt naît ». Plus rien à craindre, aucune peur. L’homme au corps déformé par la maladie « embrasse l’humanité, se jette dans cette beauté ». Et, avec un enthousiasme d’enfant : « Honnêtement, Folco, ce monde est une merveille. Il n’y a rien à faire, c’est une merveille. » a Robert Solé Aristotepar Bernard Sichère page IV L’autre testament d’Alfred Nobel Vendredi 18 juillet 2008 La BD prend la mer p. II Villégiature (1/6) : Eric Faye au Japon p. III Portrait (1/6) : Xavier Delhert, libraire itinérant p. III Le dernier voyage Tiziano Terzani en 1999 Vincenzo Cottinelli La Fin est mon commencement Un père raconte à son fils le grand voyage de la vie (La fine e il mio inizio), de Tiziano Terzani Traduit de l’italien par Fabienne Andréa-Costa, éd. Les Arènes/Intervalles, 496 p. , 22,80 ¤. de Tiziano Terzani
 

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