Pierre Péan en flagrant délit - L'Humanité
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International - Article paru le 29 septembre 2008
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Pierre Péan en flagrant délit
Racisme .
Le procès du livre du journaliste « pour incitation à la discrimination » contre les
Tutsi du Rwanda paraît bien loin de tourner en...
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International - Article paru le 29 septembre 2008
MONDE
Pierre Péan en flagrant délit
Racisme .
Le procès du livre du journaliste « pour incitation à la discrimination » contre les
Tutsi du Rwanda paraît bien loin de tourner en sa faveur.
Jugement en délibéré.
À la fin de la semaine dernière s’est tenu devant le tribunal correctionnel de Paris le
procès faisant suite à la plainte « pour diffamation raciale et incitation à la discrimination
raciale » déposée en octobre 2006 par SOS Racisme - en liaison avec Ibuka (Souvienstoi, association fondée par des rescapés du génocide rwandais de 1994) - à l’encontre du
livre de Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs.
Lancé à grands sons de trompe, fin 2005, cet ouvrage se voulait le point d’orgue dans la
campagne négationniste relancée par Paris après que Kigali eut annoncé la création
d’une commission d’enquête sur les agissements des militaires français de l’opération
Turquoise (juin-juillet 1994).
Pour faire contre-feu, tous les arguments furent et restent de
mise.
Y compris ceux issus du vieux langage sur l’inégalité des races au temps de la
colonisation triomphante, de Gobineau à Jules Ferry.
En témoignent les quelques citations
sélectionnées dans la plainte.
Vous y apprenez que la « culture du mensonge et de la
dissimulation » caractérise les Tutsi, faisant de « cette race l’une des plus menteuses qui
soit sous le soleil ».
Changez le mot Tutsi par le terme juif et vous reconnaîtrez facilement
le style de la littérature antisémite diffusée avant-guerre comme sous Pétain par l’extrême
droite française.
Quitte, au passage, à reprendre la propagande « ethniste » véhiculée par
les pires organes du Hutu Power, idéologie qui faisait florès début des années quatrevingt-dix sous le régime Habyarimana.
Le plus célèbre, Kangura, définissait les femmes
tutsi comme des prostituées espionnes de vocation et multipliait les dessins obscènes
montrant le général des Casques bleus, Roméo Dallaire, en compagnie d’un nombre
variable de ces dernières.
Pierre Péan ne recule pas devant le procédé, assurant à son
tour que l’officier canadien n’était pas insensible à leurs charmes, ce qui lui permet le rejet
en bloc d’un témoignage pourtant de première main…
« Cette plainte revêt pour nous une portée symbolique importante, déclarait en octobre
2006 le président d’Ibuka, François Ngarambe.
Nous savons à quel point l’idéologie peut
tuer et disons que le racisme ayant inspiré le livre de Péan est celui-là même qui a conduit
au génocide.
» Comme dans le cas de la Shoah ou des Tsiganes exterminés par le
nazisme et son relais pétainiste, la négation du génocide des Tutsi « est un moment du
génocide lui-même ».
« J’ai perdu toute ma famille, comme résultat de fantasmes pareils », témoigne Esther
Mujawayo devant le tribunal.
Si tous les Tutsi sont des menteurs, « cela veut dire que je
suis là occupée à vous mentir », ajoute-t-elle, contestant au prévenu le « droit de juger un
peuple ».
Péan « joue avec des mots qui tuent.
Et les mots nous ont déjà tués assez ».
Tout un chacun peut écrire sur tout sujet qu’il souhaite, conclut la procureure, Anne de
Fontette, mais « on ne peut pas dire n’importe quoi n’importe comment »… Jugement mis
en délibéré.
Jean Chatain
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