On peut tuer autant de gens qu'on veut, on ne peut pas tuer leur mémoire, Philippe Gaillard (CICR)
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Ce témoignage est celui de Philippe Gaillard, chef de délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Rwanda en 1993 et 1994. Il reflète le discours qu’il a prononcé à l’occasion d’une conférence organisée par le Musée international de la Croix-Rouge et du CroissantRouge à Genève, sous le titre «Rwanda 1994: la vraie vie est absente (Arthur Rimbaud)». Il n’est pas dans mon intention de réécrire ici l’histoire du Rwanda. Je rappellerai simplement quelques dates charnières: 1959 – révolution hutue; 1962 – accession à l’indépendance; 1973 – coup d’État du président Habyarimana – octobre 1990 – début des hostilités entre le Front patriotique rwandais (FPR) et l’armée gouvernementale; 6 avril 1994 – assassinat du président Habyarimana; 4 juillet 1994 – prise de Kigali et du pouvoir par le Front patriotique rwandais. En juillet 1993, le président du CICR se rendit au Rwanda. Au cours de sa visite, M. Sommaruga rencontra notamment le président Habyarimana. De cette rencontre, ma mémoire n’a retenu qu’un seul détail: lorsque M. Sommaruga aborda la question des mines antipersonnel – et il y en avait alors 30 000, surtout dans le nord du Rwanda, sur la ligne de front – et de leurs conséquences dramatiques pour les populations civiles, le président Habyarimana lui répondit qu’il en était parfaitement conscient, mais qu’à son avis le plus important était moins de «déminer les champs de thé ou les champs de pommes de terre, que de déminer les cœurs. . . » ** L’auteur est actuellement chef de délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Pérou. Les opinions exprimées dans cet article reflètent celles de l’auteur et non celles du CICR. Rwanda 1994: un témoignage: « On peut tuer autant de gens qu’on veut, on ne peut pas tuer leur mémoire» PHILIPPE GAILLARD* Affaires courantes et commentaires Current issues and comments 08_affaires courantes_Gaillard 18. 10. 2004 9:05 Page 611