Mai 1968 ou le vide en héritage
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Mai 1968 ou le vide en héritage
Les acteurs de Mai détestent la France, à l’exception de quelques symboles utilisables
Cyril de Pins
Nous sommes les héritiers de Mai 1968.
C’est indubitable.
Mais nous ne nous sommes plus que...
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Mai 1968 ou le vide en héritage
Les acteurs de Mai détestent la France, à l’exception de quelques symboles utilisables
Cyril de Pins
Nous sommes les héritiers de Mai 1968.
C’est indubitable.
Mais nous ne nous sommes plus que cela.
Ceux qui, comme moi, sont nés après 1970, n’ont reçu en héritage que ce que leur a légué la
génération précédente, celle qui avait une vingtaine d’années lors des réjouissances printanières où
tant de gens ont cru voir une révolution.
Et cet héritage est bien pauvre : il consiste en une
propension juvénile à la déploration et à la dénonciation publique, en une confiance illimitée et
aveugle en la jeunesse et en soi, en une détestation de principe de l’autorité et en un rejet haineux du
passé.
“Du passé faisons table rase”, disait l’Internationale, Mai 1968 et ses petits soldats lyriques l’ont
fait, en braillant : “Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi.
”
Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est assez réussi : plus un élève qui ne sache qui est Danton ou
Marat, plus un élève qui sache distinguer une église romane d’un lavoir, plus un élève qui sache
même qui furent Lénine et Mao.
Les élèves font désormais le même usage de l’histoire que celui de
leurs ainés : l’histoire n’est bonne qu’à proposer les ébauches imparfaites de notre modernité
Il était frappant, lors du mouvement anti-CPE, d’observer le mimétisme des enfants et voire des
petits enfants des “révolutionnaires” de Mai, qui n’avaient qu’une idée en tête, répéter Mai.
Il serait intéressant, en ces temps de commémoration lyrique, de soumettre les jeunes générations à
une petite épreuve.
Elle consisterait à leur faire lire les slogans inscrits sur les murs des rues et des
universités en 1968 et à leur demander ce qu’ils en comprennent.
On se rendrait alors compte qu’ils
n’y comprennent rien, ni le sens, ni, plus grave, l’humour souvent référentiel (notamment des
citations de Saint-Augustin, Napoléon, Ambrose Bierce, Alphonse Allais, etc.
)
Enfants gâtés de l’histoire, ils furent la première génération depuis la nuit des temps qui ne connut
pas la guerre, ni même sa menace – tandis que la génération précédente avait encore connu la guerre
d’Algérie –, ils furent la dernière génération à connaître une telle prospérité et ce qui
l’accompagnait, à savoir des carrières nombreuses et brillantes possibles à une époque où tout se
développait et s’élargissait : les entreprises, les universités, les Grandes Ecoles, etc.
Ajoutons qu’ils
ne connurent pas, dans leur jeunesse, la psychose sexuelle induite par l’apparition du SIDA.
Gâtés par l’histoire, ils le furent aussi par l’instruction.
Les premiers, ils reçurent si nombreux une
excellente formation classique (latin, grec, littérature classique, une belle langue française, etc.
) et
les derniers, ils reçurent l’héritage populaire de nos provinces, ses langues (dialectes français,
occitan, breton, basque, alsacien, gascon, etc.
) et ses traditions.
Comme tous les enfants gâtés, ils ont détruit ce qu’ils avaient reçu, ce que l’histoire avait conservé si
longtemps, ces langues, ces traditions et cet enseignement hérité des jésuites et généralisé par la
République.
Ils remplacèrent tout cela par leurs caprices, par leurs fantasmes et par la seule mémoire
de leur jeunesse.
Ma génération est la première à n’avoir rien reçu : ni langue régionale (le fameux patois dont le
patrimoine est parfois éminent, si on parvient à se souvenir des troubadours – ce que font les Italiens
et les Catalans, mais pas nous) ; ni formation classique (les classes de latin et grec ont fermé presque
partout, en dépit de la défense menée par leurs ainés, telle Mme Jacqueline Worms de Romilly) ; ni
même, et c’est plus grave, culture nationale : nos élèves ignorent presque tout de l’histoire de
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