DEBAT 07Le Quotidien d Oran Mardi 29 août 2006 Par Meziane Abdellah * M ême si l’avenir de l’humanité dépend de celui de ses villes, notre expérience dans le domaine de gestion et d’aménagement urbain reste très en decà de... [Plus]
DEBAT 07Le Quotidien d Oran
Mardi 29 août 2006
Par Meziane Abdellah *
M
ême si l’avenir de l’humanité dépend de celui de ses villes, notre expérience dans le
domaine de gestion et d’aménagement urbain reste très en decà de ce
que font nos voisins méditerranéens
car, dans notre processus de production des milieux urbains, nos projets
sont ponctuels, sans aucune articulation et souvent sans cohérence avec
un schéma d’ensemble de nos milieux
urbains, car nos responsables locaux,
nos maires et nos walis ont pris l’habitude de travailler avec l’absence de
planification réelle et d’étude préalable des impacts des plans d’urbanisme et paysagers.
Comme actuellement nos projets
urbains génèrent des incohérences
aux multiples incidences paysagères,
urbanistiques, architecturales, sociales, économiques, écologiques et politiques, notre pays vit une crise urbaine sévère et voit la détérioration
du cadre de vie de ses citoyens s’accroître, au point que tous les indicateurs urbanistiques
de nos milieux urbains sont au rouge, par la faute de
certains responsables qui n’arrivent
pas à mettre en place une politique
adéquate en la matière, qui vise à faire adhérer tout le
monde au respect
des normes d’améliorations urbaines
et à l’entretien du
milieu dans lequel
nous évoluons.
Ce n’est que parce que nos milieux
urbains continuent
à connaître des insuffisances en matière d’aménagement malgré tous les
programmes déployés par notre pays,
que notre président de la République,
M.
Abdelaziz Bouteflika, après avoir
affirmé, lors de la dernière rencontre
gouvernements-walis, que nos villes
sont très moches, à l’exception de Aïn
Témouchent, a insisté sur le fait qu’il
est indispensable de créer un nouveau système de gestion urbaine dans
notre pays, qui consacrera le principe de l’unité de la ville et qui lui garantisse une unité de gestion et
d’aménagement de son espace, ainsi
que son développement dans la perspective d’une amélioration plus nette et plus large des conditions et du
cadre de vie de nos citoyens.
Le ministre délégué chargé de la
Ville a précisé, lors du débat sur le
texte de la loi d’orientation relative à
la ville, que «33 millions d’habitants
sur les 41 millions d’Algériens seront
concentrés dans les villes à l’horizon
2025".
Et le ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement qui préconise une multitude
d’actions visant, d’une part, à améliorer le cadre de vie des citoyens
en milieu urbain, et, d’autre part, à
alléger les villes du poids lié de la
surpopulation.
Il estime que si, en
1965, notre pays dénombrait quelque
95 villes, aujourd’hui il en compte
environ 500 et quelque 500.
000
bidonvilles à travers le territoire national.
Un rapport sur la gestion des
villes et l’amélioration urbaine a été
adopté, suite à la rencontre gouvernement-walis du mois de juin
2006.
Ce rapport recommandait
l’éradication de plus de 400.
000 bidonvilles à l’échelle nationale et l’accélération de l’expertise technique
décidée pour les villes d’Alger, Oran,
Constantine et Annaba.
Le document avait aussi suggéré la
réalisation d’un programme d’embellissement destiné à hisser Alger à un
Vers une nouvelle réflexion
pour l’amélioration de nos paysages urbains
C’est parce que la santé des habitants dépendait
de celle de leurs villes que les grandes cités ont été la
marque de sociétés qui réussissaient tout au long
de l’histoire, qu’aujourd’hui nos responsables politiques
doivent faire en sorte que nos villes soient fortes et saines,
car c’est la façon dont elles seront planifiées et gérées
qui décidera si notre avenir collectif sera brillant et durable
ou au contraire brutal et chaotique.
niveau de standard international, car
la ville d’Alger a été considérée par
une étude britannique réalisée par un
bureau de recherche spécialisé, en
l’occurrence «The Economist Intelligence Unit», parmi les plus mauvaises destinations de la planète, tant
pour les touristes que pour les investisseurs ou les étrangers désireux de
s’y établir, malgré qu’elle avait une
place très désirée au 16e siècle, lorsque Hassan el-Wazzan, dit Léon l’Africain, l’avait décrite comme «une ville
très grande et fait les 400 feux.
Ses
murailles sont splendides et extrêmement fortes, construites en grosses
pierres.
Elle possède de belles maisons et des marchés bien ordonnés
dans lesquels chaque profession a son
emplacement particulier.
On y trouve aussi bon nombre d’hôtelleries et
d’études.
Entre autres édifices, on y
remarque un superbe temple très
grand placé sur le bord de la mer et
devant ce temple une très belle esplanade aménagée sur la muraille
même de la ville, au pied de laquelle
viennent frapper les vagues».
Aujourd’hui que nos milieux
urbains ont perdu leur architecture
et que nos projets d’aménagement
sont devenus de moins en moins
durables, le devenir de nos milieux
urbains est un thème qui a autant
de points de réflexion, aussi bien pour
nos pouvoirs publics, nos dirigeants
politiques, nos spécialistes en aménagement urbain, ainsi que pour le
simple citoyen directement impliqué
dans la transformation de son environnement urbain, car nos projets
urbains actuels ont le mérite de dévoiler les limites des démarches polytechniciennes existantes de professions d’architecte et d’urbaniste, arnaquées par des charlatans de tout
bord et qui réussissent à induire en
erreur, par leur égoïsme et leur autorité, tous les maîtres d’ouvrage, tous
les pouvoirs publics et même le citoyen algérien.
Comme les méthodes de travail
et l’expérience de nos architectes et
urbanistes, depuis l’indépendance,
n’ont pas pu réussir la continuité paysagère de nos milieux urbains et réussir l’amélioration du cadre de vie de
nos citoyens au sein de nos agglomérations urbaines, à l’exception de la
nouvelle ville de Aïn Témouchent,
devons-nous continuer à faire appel
aux spécialistes étrangers pour les études et la réalisation des projets d’aménagements urbains, ou faut-il rechercher et exploiter sérieusement les
compétences professionnelles algériennes existantes et spécialisées en
matière d’aménagements paysagers
des milieux urbains ?
Après quarante-quatre ans d’efforts sans résultat dans notre pays en
matière d’aménagement urbain, nos
responsables de projets doivent s’opposer fermement au bâclage des études, tout en refusant catégoriquement
au moindre changement fantaisiste
des études d’aménagement définitivement ficelées et bonnes pour exécution, quels que soient les fantasmes
superficiels de personnes aussi influentes et autoritaires soientelles dans les rangs de l’administration ou ailleurs, car nos milieux urbains ont besoin, aujourd’hui, de
compétences autochtones détenteurs
de solutions d’aménagement de nos
villes et villages, capables de travailler
dans la transparence et le respect des
lois en vigueur, comme c’est le cas à
Aïn Témouchent, où le savoir-faire
d’une équipe algérienne composée
d’architectes, d’urbanistes et d’un architecte paysagiste ont montré le miracle algérien à moindre coût, à une
gestion bien établie et suivie par la
Banque mondiale.
Si aujourd’hui seulement 1%
d’espace vert meuble notre cadre de
vie en milieu urbain, à l’aube de l’indépendance et jusqu’au début des années 80, l’Algérien était fier de la qualité de son cadre de vie, parce que
notre pays continuait à se gérer avec
un savoir-faire de responsables disciplinés et amoureux de leur travail et
de leur pays, même s’ils n’avaient hérité du temps de la présence coloniale que la considération des aménagements paysagers et des espaces
verts en milieu urbain, comme partie prenante de l’amélioration du cadre de vie des citoyens et que les collectivités locales continuaient à perpétuer la tradition de faire de l’architecte paysagiste, un maître d’oeuvre
dans le processus des aménagements
paysagers en milieu urbain et du jardinier, un acteur primordial dans la
réussite de la longévité des aménagements d’espaces verts.
A la fin du XIXe siècle, dans les
grandes cités européennes, les élites
admettaient que le développement
des milieux urbains ne pouvait être
laissé au hasard et que pour parer aux
conséquences parfois désastreuses de
ce développement, il fallait contrôler
l’aspect paysager car longtemps considéré comme un point de vue sur la
nature qui s’offre à l’observateur.
Le
paysage est maintenant devenu le
point sensible des milieux urbains
occidentaux, car toute beauté est fondée sur les lois des formes naturelles
et l’architecture d’un milieu urbain est
d’émouvoir et non d’offrir un simple
service au corps de l’homme.
Il est temps pour nous, aujourd’hui,
de réfléchir à mettre en place les
conditions adéquates, comme demandé par les recommandations de
notre président de la République
lors de la rencontre gouvernementwalis, qui changeront nos mentalités
et nos manières d’imaginer les raisons
de vivre ensemble, sans céder à l’individualisme économique, car par
l’application d’un nouveau système
urbain adapté à nos traditions historiques et urbanistiques, on fera contrer à court terme la dégradation de
l’environnement, du paysage, du tissu et des infrastructures urbaines, tout
en donnant à nos citoyens un cadre
de vie urbain amélioré, en plus d’une
qualité de vie quotidienne car nos
milieux urbains sont notre seul refuge en Algérie et notre milieu de vie
du quotidien.
Afin de remédier aux pratiques anciennes établies par nos responsables
locaux depuis notre indépendance,
en terme de gestion urbaine, le 20
février 2006, notre Parlement, par ses
deux chambres réunies, a agréé par
un vote à l’unanimité la première loi
d’orientation de la ville dans l’histoire de notre pays.
Cette loi-cadre consacre l’avènement d’une nouvelle
politique de la gestion urbaine car elle
prend en charge la situation de nos
villes et apporte une nouvelle approche pour l’amélioration de nos milieux urbains, afin d’éviter de tomber
dans les erreurs du passé et d’éviter
d’autres drames urbanistiques.
Par
ailleurs, ce texte de loi prévoit de nouvelles dispositions visant à «atténuer
les pathologies urbaines», à «maîtriser la croissance des villes», à «préciser le cadre légal qui réglementera la
ville» et «à promouvoir et préserver
les espaces publics et les espaces
verts», mais il reste loin de combler
toutes les erreurs accumulées depuis
notre indépendance.
Maintenant que nos aménagements
d’espaces verts au sein de nos milieux
urbains sont devenus disparates et
que l’état de la verdure dans nos agglomérations est très déplorable, le
peu d’intérêt accordé par nos responsables aux aménagements paysagers
et à l’urbanisme végétal dans notre
pays nous donne matière à réflexion
sur cette situation, afin de redonner
à nos milieux urbains un nouveau
visage environnemental et paysager
adéquat, où le mot paysage
deviendra si riche de sens, alors que
nous ne nous pourrons plus penser
nos milieux urbains sans lui, car
paysages et espaces verts sont deux
mots qui entrent de concert dans la
pratique professionnelle de l’architecture du paysage et que l’on entend
par le terme «architecture du
paysage» l’art ou la science de l’aménagement de terrains, en harmonie
avec les espaces et les éléments qui
s’y trouvent, pour un usage sécuritaire, efficace, sain et satisfaisant pour
les citoyens.
L’architecte paysagiste est un professionnel qui s’emploie à créer des
sites vitaux en milieu urbain, qui invitent à l’émerveillement et qui ne
laissent jamais pour compte la gestion durable de notre milieu car il travail sans relâche à établir un équilibre entre l’usage et la jouissance de
la terre, d’une part, et la conservation et la salubrité de l’environnement, d’autre part, et que «de l’utopie à la réalité urbaine» est devenue
l’équation qui est résolue par lui pour
mener à bien la réalisation d’un aménagement urbain et son système de
gestion, comme prévu par l’objectif
fixé par notre président de la République lors de la dernière réunion walis-gouvernement.
Après les compromissions et les incompétences, au point que notre pays
arrive en tête des chantiers inachevés et des «villas cubiques», l’Algérie
d’aujourd’hui doit savoir inclure
l’architecte paysagiste dans son processus d’aménagement urbain et
réussir l’amélioration du cadre de vie
des citoyens, tout en l’exigeant par
une batterie de protections législatives, dans chaque étude d’aménagement urbaine ou paysagère, car seul
l’architecte paysagiste saura transformer les lieux de nos milieux urbains
d’une manière poétique, tout en étant
à la fois un artiste et un artisan,
comme elle doit combler son manque d’architectes et de techniciens
paysagistes par la création d’un cursus universitaire spécialisé pour la formation des architectes et des ingénieurs paysagistes, ainsi que la reconduite des formations pour les techniciens et les ouvriers paysagistes
dans les instituts agronomiques et les
centres de formation.
Depuis quelques années, la
profession d’architecte paysagiste ne
cesse d’augmenter à la fois en quantité et en qualité à travers les pays méditerranéens, sauf dans notre pays
où une loi sur le paysage urbain
s’avère nécessaire pour venir réglementer une demande paysagère en
milieu urbain et notamment au niveau du volet paysager du permis de
construire et de la prise en compte du
paysage dans le POS.
C’est parce qu’il s’agit d’une attente de nos citoyens qui aspirent de
manière légitime à un
meilleur cadre de vie,
où le confort urbain et
la convivialité des espaces se substituent à
la monotonie et à la répétitivité de nos milieux urbains, qu’il est
urgent pour nos responsables locaux de revoir sans complaisance
leurs stratégies de gestion des aménagements urbains de leurs
villes et villages, surtout
en ce qui concerne la
réhabilitation de la redistribution des rôles
dans le processus du
nouveau système de
gestion de nos milieux urbains, afin
de reconnaître les valeurs publiques
de notre paysage urbain et de
poser les conditions nécessaires pour
la prise en compte des dimensions
paysagères à travers l’exercice
de planification de nos milieux urbains, ainsi que de leurs aménagements d’espaces verts car il est temps
pour les Algériens du XXIe siècle
de trouver la qualité des espaces
de vie en milieu urbain, surtout
que la population urbaine de notre
pays atteindra les 80% à l’horizon
2025 et que notre pays possède
déjà les moyens humains et matériels pour garantir la réussite d’un
nouveau système de gestion de
nos milieux urbains.
* Architecte paysagiste, Lakhdaria
A l’exception de la nouvelle
ville de Aïn Témouchent,
devons-nous continuer à faire
appel aux spécialistes
étrangers pour les études et la
réalisation des projets
d’aménagements urbains, ou
faut-il rechercher et exploiter
sérieusement les compétences
professionnelles algériennes
existantes et spécialisées en
matière d’aménagements
paysagers des milieux
urbains ?
A la fin du XIXe siècle, dans les
grandes cités européennes, les
élites admettaient que le
développement des milieux
urbains ne pouvait être laissé
au hasard et que pour parer
aux conséquences parfois
désastreuses de ce
développement, il fallait
contrôler l’asp
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